Curieux film que ce troisième volet d’une franchise hollywoodienne à succès, dans laquelle les producteurs ont décidé d’inviter en
guest-stars une poignée de vedettes de Hong Kong. Serait-ce une coproduction avec la Chine, à présent qu’Hollywood a régulièrement besoin du Royaume-Uni (les derniers Tim Burton) ou de l’Allemagne (
La Momie 3 justement, le dernier Rambo, et même les épisodes 2 et 3 du
Seigneurs des Anneaux avec la Nouvelle-Zélande) pour financer des films importants ? Non, pas officiellement, mais la présence de ces stars chinoises est précieuse pour atténuer le défaut principal du film : son héros américain falot, Brendan Fraser, beau gosse quadragénaire pas désagréable au premier abord, mais trop lisse, ajoutant au Q.I. d’huître de son personnage (moins de 30 d’après les scientifiques) le charisme légumineux de Ben Affleck du temps où il s’égarait dans les films d’action de Michael Bay ou John Woo (l’honnête
Paycheck d’après Phillip K. Dick). D’emblée donc, ce
Benjamin Gates du pauvre est à moitié raté à cause de son agaçant protagoniste, flanqué de quelques
sidekicks hollywoodiens de seconde zone, à l’exception de Maria Bello (
A History Of Violence), belle et mordante.

Le film vaut en revanche, comme mentionné, un vrai petit détour pour son casting chinois ; car si l’efficace Michelle Yeoh, qui s’est compromise cet été dans l’abrutissant film no-futuriste
Babylon A.D. de Kassovitz, et Wu Jing, qui a un petit rôle d’assassin, n’ont pas grand-chose à faire (Yeoh ne se bat presque pas), on a droit à des méchants très sympathiques : Jet Li surprend en effet en étant crédible dans ce type de rôle-là, bien loin du méchant qu’il jouait dans le médiocre
Arme Fatale 4, où il n’arrivait même pas à tuer à mains nues Mel Gibson et Danny Glover ;
La Momie 3 est peut-être même son meilleur film hollywoodien, un peu plus distrayant que le moyen
The Forbidden Kingdom avec Jackie Chan, sans parler des navets tournés aux côtés du rappeur DMX comme
Romeo Must Die.

L’autre antagoniste important est le talentueux Anthony Wong (oui oui, le vrai, et non pas son homonyme des suites de
Matrix) : il est parfait dans ce rôle d’officier fasciné par le mal inspiré des
Indiana Jones, livrant une prestation tout à fait sobre, une finesse dont il faisait déjà preuve dans
Infernal Affairs, même si on aurait préféré une performance surexcitée comme dans le chef-d’œuvre de John Woo
A Toute Epreuve, où il campait un méchant d’anthologie.

Heureusement donc que
La Momie 3 a une belle distribution, car le film n’est pas sauvé par son scénario, tout juste correct, et seulement en partie par ses qualités techniques, décors exotiques et effets spéciaux en tête, qui permettent quelques scènes d’action un peu confuses, mais esthétiques, mettant en scène des yétis et autres soldats-squelettes très sympathiques, bien que le
climax traîne en longueur. Les combats apparentés à des arts martiaux sont tout de même potables, Hollywood a fait des efforts dans ce domaine depuis des chefs-d’œuvre comme
Blade 2 avec Snipes et
Matrix Reloaded, dont les combats étaient réglés par des chorégraphes chinois de renom.

La Momie 3 a ainsi ses défauts, mais un budget suffisant pour distraire un peu avec ses effets spéciaux et ses stars chinoises qui cachetonnent honnêtement ; l’âge d’or du cinéma hong-kongais est révolu, mais ses vétérans ne semblent guère avoir vieilli, et ont choisi pour une fois de participer à une production hollywoodienne pas désagréable, nettement supérieure à des machines à fric comme les très moyens
Rush Hour avec Jackie Chan. Mais avec un héros américain qui singe Indiana Jones, le film est bien entendu plus proche d’un mini-film d’aventures que d’un film d’arts martiaux, et décevra peut-être les puristes de Jet Li.
